Quand le capitaine des Cormorans troquait les crampons pour l’écharpe tricolore
« Quand je commence un match, c’est toujours avec la farouche détermination de gagner. » C’est par cette profession de foi, sèche et précise comme un coup-franc bien tiré, que Jos Péron résumait son entrée en politique au lendemain des élections municipales de mars 1965.
Pourtant, rien ne prédestinait véritablement cet entrepreneur en bâtiment — qui dirigeait alors l'entreprise familiale reprise en 1951 aux côtés de son beau-frère Bodéré — à briguer la mairie. Mais à huit jours de la clôture des candidatures, une seule liste était en course. « Dimanche, ce ne sera vraiment pas drôle pour les électeurs. Il faut leur donner la possibilité d’un choix », s'était-il dit avant de monter une équipe avec de bons amis. Le résultat fut sans appel : la liste Péron l'emporta dès le premier tour, et le patron des terrains, plébiscité par ses colistiers au nom du vote des habitants, accepta d'endosser les responsabilités et l'écharpe.
Des pelouses bretonnes aux dossiers communaux
Pendant vingt-cinq ans, de sa première licence à 15 ans jusqu’à un claquage musculaire à 39 ans, « Jos » fut l'inamovible arrière central et l'âme des Cormorans de Penmarc’h, de la sélection bigoudène (victorieuse un jour du SCO d’Angers 7 à 0 !) et même de l’équipe de l’Ouest. De cette jeunesse passée sous le maillot Noir et Or, il avait gardé une solide philosophie de la camaraderie — se vantant avec malice de pouvoir tomber en panne de voiture n'importe où en Bretagne en ayant toujours un copain prêt à le secourir — et un unique souvenir amer : une expulsion jugée injuste au Relecq-Kerhuon, un lendemain de mariage du gardien Le Loch, qui lui valut trois dimanches de suspension.
Désormais vice-président de son club de cœur où son fils Alain, 15 ans, chaussait à son tour les crampons chez les minimes, le nouveau maire s'apprêtait à diriger une équipe de 23 conseillers sur un terrain infiniment plus complexe.
Gérer la « commune à quatre têtes »
Avec ce franc-parler fleurant bon le terroir bigouden, Jos Péron ne se faisait aucune illusion sur l'ampleur de la tâche : gouverner Penmarc’h, c’était ménager une « commune à quatre têtes » — le Bourg, Kérity, Saint-Pierre et Saint-Guénolé — où « chaque quartier a ses problèmes particuliers, prétend obtenir ce qu’un autre s’est vu octroyer, tire à hue quand le voisin tire à dia ».
Face à une population d'environ 7 500 habitants essentiellement tournée vers la mer, les défis de ce milieu des années 1960 étaient pressants et étrangement modernes :
Saint-Guénolé ne comptait déjà plus que deux conserveries en activité sur huit, privant des centaines de femmes et de filles de marins de leur salaire. Le maire s'engageait à tout tenter pour implanter de nouvelles industries en s'appuyant sur une main-d’œuvre locale réputée capable « de mettre des sardines en boîtes plus vite que n’importe quelle autre et sans y laisser le doigt ».
Faute de port en eau profonde obligeant les hauturiers à vendre leur pêche à Concarneau ou Douarnenez, la municipalité réclamait l'élargissement et le balisage de la passe, le déroctage du plateau ainsi que la création d'un bassin-abri et d'une salle de ramendage et de tri du poisson pour épargner aux marins le travail des filets sur la grève.
Conscient du potentiel des paysages sauvages qui avaient jadis attiré le peintre Jean-Julien Lemordant, Jos Péron souhaitait promouvoir un tourisme familial tout en développant le terrain municipal pour les scolaires et les centres aérés communaux.






