René Le Loc’h, « Reun »
Le roc du bastion penmarchais
Sur les terrains comme dans les tribunes, tout le monde l'appelait simplement « Reun ». Un surnom hérité de ses jeunes années passées comme chauffeur à l’usine Le Reun de Saint-Jean-Trolimon, avant qu’il ne devienne artisan maçon puis entrepreneur de travaux publics réputé sur sa terre natale.
1946 : L'arrivée du « portier volant »
À l'été 1946, le recrutement de ce jeune gardien de 19 ans — surnommé alors le « portier volant de l’U.S. Plonéour » — pose aux dirigeants bigoudens un dilemme inédit. Dans les buts des Cormorans officiait déjà avec brio Georges Jacob, ancien gardien formé au Likès de Quimper. Le compromis trouvé fera date : René Le Loc’h s'empare des cages, tandis que Jacob est avancé sur le front de l'attaque au poste d'ailier gauche... où il deviendra, douze saisons durant, le meilleur buteur de l'histoire du club.
Sous la houlette défensive de Jos Péron et les arrêts décisifs de Le Loc'h, Penmarc'h déjoue tous les pronostics face aux cadors régionaux, renversant notamment le Stade Briochin ou triomphant avec autorité à Guingamp (5-1) et à Saint-Pol-de-Léon (3-1).
Le roc au poignet fêlé
La légende de René s'est forgée dans un engagement sans faille. Lors d'un printemps capital pour le maintien où Pont-l'Abbé et Le Guilvinec descendaient de division, les Cormorans arrachent un 0-0 héroïque au Relecq-Kerhuon, sauvant leur place. Le Loc’h tient sa cage inviolée durant 90 minutes malgré un poignet fêlé, souvenir douloureux d’un retour de manivelle survenu quelques jours plus tôt.
Le souvenir le plus haut en couleur demeure sans conteste le déplacement au Relecq-Kerhuon, disputé au lendemain même du mariage de René Le Loc’h.
Encore portés par l'euphorie de la noce, les Cormorans foulent la pelouse affublés d'attributs burlesques, de titres de comédie et de déguisements d'automne (chechias multicolores). Un charivari festif et volontiers frondeur qui n'eut pas l'air de plaire au directeur de jeu, le très austère M. Taïb. Jugeant l'étiquette bafouée et sourcilleux sur les convenances, l'arbitre appliqua une sévérité implacable en excluant coup sur coup Jos Péron, Larnicol et Cloarec (puis Bodéré la semaine suivante). Une journée d'anthologie où la fête bigoudène s'était invitée sur le terrain.
Parmi les souvenirs murmurés sur le tard aux oreilles de son fils Pascal, celui d'un match tendu contre le Stade Léonard figure en bonne place. Un tir adverse fuse et file sous le ventre de René, qui s'affale derrière sa ligne.
Quelques secondes plus tard, il se relève brusquement... avec le ballon solidement calé dans les mains ! N'écoutant que son instinct, il s'empresse de dégager le cuir au loin sans demander son reste. Le match s'achèvera sur un score vierge de 0-0. René n'a jamais bien su par quel miracle le ballon était revenu se loger dans ses gants après avoir franchi la ligne et probablement rebondi sur les filets pour revenir sous lui. Une énigme de plus dans la légende du grand portier penmarchais !
La longévité des « Saints du football d'Armor »
Au crépuscule des années 1950 et au début des années 1960, « Reun » garde toujours la maison jaune et noire. Avec Jos et Lucien Péron ou Jean Bodéré, il incarne ce que les gazettes de l'époque célèbrent comme les « saints du football d’Armor » : une garde prétorienne de quasi-quadragénaires dont le métier et la bravoure inspiraient un profond respect sur toutes les pelouses finistériennes.
Renouvelant encore sa licence senior en 1961 à plus de 34 ans, René Le Loc’h a incarné cette fidélité indéfectible au maillot. Disparu à l'âge de 90 ans, « Reun » reste l’archétype de ces pionniers bâtis dans le roc : des sportifs d'instinct et de cœur, à jamais indissociables de l'épopée des Cormorans de Penmarc'h.


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