Avant le Football :
La Tragédie de la Soule

Le jour où le jeu devint mortel à Pont-l'Abbé (vers 1850)
Bien avant que les Cormorans ne foulent les pelouses, le Pays Bigouden vibrait déjà pour un ancêtre brutal du rugby et du football : la Soule. Un jeu sans règles fixes, opposant des paroisses entières, qui s'est éteint au milieu du XIXe siècle suite à un événement traumatisant resté dans les mémoires comme l'une des pages les plus sombres de l'histoire locale.

Un Sport de "Guerre" entre Paroisses

Vers 1850, la "choule" n'avait rien de l'élégance du football moderne. C'était un affrontement viril, massif. Le but était simple : amener une balle de cuir ou de bois dans un lieu symbolique du camp adverse (souvent le porche d'une église).

Tous les coups étaient permis. Le terrain n'avait pas de limites. C'était autant une fête qu'un exutoire pour les rivalités de clochers. C'est dans ce contexte électrique qu'une immense partie fut organisée à Pont-l'Abbé, rassemblant des centaines de participants.

La Soule en Bretagne
L'arbitre s'apprêtre içi à lancer le "belen" que vont se disputer deux équipes représentant deux villages. La lutte va être terrible et sans pitié ...

Le Drame de l'Étang

La partie était acharnée. Dans la fureur du jeu, la masse compacte des joueurs, emportée par son élan, dévia vers l'étang du château de Pont-l'Abbé.

Ce qui devait être un raccourci stratégique vira au cauchemar. Les hommes, alourdis par leurs vêtements de laine trempés, épuisés par la lutte physique, s'engagèrent dans les eaux vaseuses. La cohue créa un mouvement de panique inextricable. Les uns s'entravant les autres, incapables de remonter sur les berges glissantes, la mêlée devint un piège mortel.

Un Bilan Effroyable Les chroniques de l'époque rapportent un chiffre qui glace encore le sang : 40 à 50 noyés en quelques minutes. Une catastrophe qui endeuilla des dizaines de familles bigoudènes.

La Fin d'une Époque

Le traumatisme fut immense en Bretagne. Ce drame servit d'argument décisif aux autorités pour mettre fin à cette tradition jugée trop sauvage. Préfets et évêques s'unirent pour condamner le jeu.

Dès 1857, des arrêtés d'interdiction formelle se multiplièrent dans le Finistère. La Soule disparut, laissant un vide que le football viendrait combler quelques décennies plus tard, canalisant cette même ferveur dans un cadre, heureusement, bien plus réglementé.