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Hommage
Rémy Guével

Rémy GUÉVEL

Des présidents et des fusibles
1944 — 2026
Il y a, dans la petite république des crampons et des mains courantes, une étrange répartition des honneurs. D’un côté, la lumière, les ronds de jambe et les titres qui claquent sur les comptes-rendus d’assemblée générale. On y élit des présidents, on multiplie les vice-présidences, on nomme des secrétaires adjoints et l'on crée, avec un sérieux de sénateurs, de vastes commissions stratégiques pour penser l'avenir du ballon rond en Pays bigouden. La belle affaire.

On y débat, on y planifie, on y "structure". Et puis, quand les discours sont finis et que les fusibles sautent à la buvette, on appelle Rémy.
L'artisan de l'ombre
Rémy Guével, qui vient de nous quitter à l'âge de 82 ans avec cette pudeur qui était sa signature, n'avait jamais eu le goût des estrades. Enfant de Saint-Jean-Trolimon, né au printemps 1944 alors que le pays espérait la Libération, il avait gardé de cette terre bigoudène la rudesse taiseuse et la solidarité chevillée au corps. C'était là toute la douce ironie de la vie associative : le comité directeur proposait, mais c'était le bénévole qui disposait.
Artisan électricien solidement ancré dans son repaire de Menez Bras à Penmarc'h, Rémy avait l'intelligence de la main et le bon sens de ceux qui savent qu'un club ne tourne pas avec des mots, mais avec de l'huile de coude et du fil de cuivre. Qu'il fallût tirer des câbles pour éclairer une fête, rafistoler une installation dans l'urgence ou monter des barnums sous le crachin, il était le recours ultime. Celui qui réparait les pannes quand les grands penseurs de l'organigramme commençaient à se gratter la tête. La sociologie du football amateur s'écrirait presque tout entière dans ce pas de deux. Les dirigeants veillent à la postérité ; les Guével veillaient à ce que la lumière s'allume.

Le dévouement absolu : Rémy et Jacqueline

Et que dire du couple indissociable qu'il formait avec son épouse, Jacqueline ? À eux deux, ils offraient une photographie bouleversante, et presque anachronique, du dévouement total.

Jacqueline, parée du titre officiel de trésorière – il faut bien rassurer les banques –, exerçait surtout le ministère bien plus noble de l'intendance et du soin. Lors du Mondial Pupilles, pendant que les officiels serraient la main des édiles, elle assurait le service de lavandière. Récupérer les maillots boueux des gamins le soir, les rendre lavés, parfumés et pliés le lendemain matin. Ce n'était pas de la logistique, c'était un acte d'hospitalité pure. Une offrande silencieuse.
L'âme véritable du club
De la galette des Rois servie aux petits de l'école de foot, aux dimanches de matchs à l'extérieur bravés par tous les temps, les Guével n'ont jamais attendu les médailles. C'est la poésie un peu mélancolique du football d'en bas : les applaudissements sont pour les buteurs et les chaises de velours pour les présidents, mais l'âme véritable du club, elle, rentre à la maison avec les maillots sales et la caisse à outils.
Aujourd'hui, alors que Rémy a définitivement éteint la lumière, la grande histoire des Cormorans se souvient. Elle sait que ses véritables fondations ne reposent pas sur des organigrammes couchés sur le papier, mais sur les épaules de ces bâtisseurs de l'ombre qui, toute leur vie, ont refusé la lumière pour mieux la faire briller sur les autres.

Pour Jacqueline

Toutes nos pensées, pudiques et fraternelles, se tournent aujourd'hui vers Jacqueline. Elle qui partagea cette vie de dévouement total demeure la douce gardienne de cette mémoire. Puisse la chaleur humaine de ce club, qu'ils ont à eux deux si longtemps couvé, l'envelopper à son tour dans ces heures de peine.

Kenavo Rémy, merci pour la lumière.