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13 Juillet 2023

Pierre BOËNNEC

les Cormorans perdent leur guide

Carnet noir. Pierre Boënnec est parti hier, le 13 Juillet 2023.

Pierre ne nous a pas quitté, il « nous a laissé ». C’est un grand sentiment de solitude pour certains, d’abandon pour d’autres, qui nous gagne. C’est en tous cas déjà un manque qui s’insinue au plus profond de nous. Tous ses amis et en particulier ceux des Cormorans Sportifs, son club de cœur, ont appris avec émotion la disparition de celui qui les a guidés pendant tant de décennies.

Pierre, profondément respectueux de la personne humaine, attentif à l’autre, décida, dès sa prime jeunesse, de consacrer sa vie à cheminer aux côtés de ses copains Bigoudens... Ses choix étaient clairs, et il les a toujours assumés au nom de ses valeurs et de son humanisme profond.

Certaines existences sont paisibles, balisées par un quotidien banal juste parsemées d'événements privés. Pierre, c'est d'abord et avant tout, une vie illuminée par la générosité et l’écoute des autres. Passionné, précurseur, créateur, rassembleur, « messianique », il savait porter le message et convaincre les autres. Meneur d’hommes, Pater Familias aux multiples talents exercés principalement à Penmarc’h au sein des conserveries de Saint-Guénolé où il a gravi tous les échelons depuis l’apprentissage jusqu’à la direction en passant par mousse en 1933, ouvrier, sertisseur… avant de diriger lui-même à partir de 1953 l’usine Lebeaupin de Saint-Guénolé, il avait la conviction des justes et savait la faire partager.

Il connaissait les Cormorans jusque dans leurs moindres recoins et partout, il avait une relation, un ami ou une de ses fameuses anecdotes. Car il avait la passion de l'amitié. La fidélité que l'on doit à ses amis était pour lui un dogme, qui l'emportait sur tout autre. Il suscita en retour des fidélités profondes, au travers des années et des épreuves.

Les Cormorans d’aujourd’hui ont maintenant la lourde charge d’écrire un chapitre nouveau, dans un monde nouveau sans pour autant transgresser l’esprit. Tout cela tisse un lien particulier, entre lui et ce club, où entre du respect pour le bâtisseur, le visionnaire et de l'admiration pour l'homme qui se faisait moins présent ces dernières années mais qui nous recevait de temps en temps pour « prendre des nouvelles sans jamais vouloir s’imposer ».

De cette relation devenue plus ténue, nous retiendrons la force du courage quand il est soutenu par une volonté sans faille, la nécessité de replacer l'homme au cœur de tout projet, le poids de l'expérience. Seuls comptent, finalement, ce que l'on est dans sa vérité et ce que l'on peut faire pour les autres.

Pierre Boënnec, c'est un parcours hors du commun, une œuvre accomplie et qui perdure. L'écriture était pour lui une respiration naturelle. Ses ouvrages dont il était, avec raison, particulièrement fiers, furent toujours la traduction fidèle et sensible de sa pensée. Ses « D’ouvrier à patron, la vie d’un Bigouden entre 1914 et 2014 » et « 1920-2020, les hommes qui ont fait les Cormorans » sont le témoignage précieux de son combat de guide et de pionnier, l’héritage qui doit nous inspirer.

Ces livres qu’il nous a légués, le rendent présent à nos côtés. Présent et vivant grâce à la conclusion un peu plus loin, purement imaginée mais à son image : toujours ouverte sur un « après ». Nous n’avions en effet et hélas, pas rencontré Pierre récemment. En revanche, nous avions « en secret » proposé sa candidature pour tenir la flamme Olympique à La Torche le 7 juin prochain.

« Pour bien connaitre Pierre et s’agissant de son « départ » nous sommes convaincus qu’il nous aurait sorti une de ses phrases malicieuses du genre : je vais écrire maintenant non le mot « fin », mais le mot « à suivre » pour un chapitre qui se vivra de plus en plus avec d’autres et par d’autres.»