1945 : LE SACRIFICE DES INNOCENTS

Pierre & Jean-Marie Dupouy
Pierre Dupouy

PIERRE (1916-1945)

"Étienne" dans la clandestinité

Jean-Marie Dupouy

JEAN-MARIE (1920-1945)

Le cadet, membre de Turma-Vengeance

Réseau Turma-Vengeance • Corps-Franc

Si le nom de Dupouy résonne de l'écho littéraire d'Auguste, leur père, Pierre et Jean-Marie ont tracé sur les roches de Menez-Kérouil un sillage héroïque. Enfants de Penmarc'h et de Saint-Guénolé, ils ont refusé la résignation pour embrasser le "sport" périlleux de la liberté.

L'engagement dans l'ombre

Tout commence par un refus : celui du S.T.O.. Jean-Marie, l'étudiant en droit, rejoint le groupe de maquisards en Bourgogne avant de revenir structurer le mouvement Vengeance. Pierre, bien que réformé pour sa constitution fragile, devient son adjoint sous le pseudonyme d'Etienne.

Le coup de filet de Rennes

Le 20 avril 1944, la Gestapo frappe la Résistance à Rennes. Alors qu'une réunion cruciale se prépare à l'Hôtel du Cheval d'Or, une rafle simultanée est menée au Café de Paris, rue Châteaurenault. C'est là que Pierre et Jean-Marie sont capturés aux côtés de Joseph Meingam.

Conduits au siège du SD rue Jules Ferry, ils subissent trois jours et trois nuits d'interrogatoires barbares. Joseph Meingam témoignera de la violence inouïe des agents français de la Gestapo, Le Ruyet et Gellier, utilisant le matraquage, la baignoire et la chaise électrique. Jean subit leurs tortures raffinées, mais il ne parla pas. Durant deux mois à Jacques-Cartier, leur mère Blanche et les dames Ménez glissent des messages clandestins au crayon sur du papier à cigarettes, cachés dans les ourlets de leur linge.

« J'ai respiré votre exemple : la sainteté de maman, la simplicité laborieuse de papa. »

« Je pense au spectacle sublime du couchant sur le Ménez de Saint-Guénolé... On ne peut le contempler sans devenir plus qu'un homme : c'est la liberté même qui pénètre dans la chair... »

« Je désire que mon nom soit inscrit sur le monument aux morts pour la France de la commune de Penmarc'h. »

L'enfer des camps

Pierre à Brême : Réformé pour sa constitution fragile, il tient "merveilleusement au moral comme au physique". Dénué de tout, il travaille pieds nus dans la neige, chaussé de patins de bois maintenus par des fils de fer. Il disparaît le 3 mai 1945 dans la tragédie du Cap Arcona, bombardé en baie de Lübeck.
Jean-Marie à Bergen-Belsen : À Bremen-Farge, sur une dénonciation pour un prétendu vol de pain, il subit 25 coups de schlague dont il gardera longtemps les traces. Il meurt de dysenterie et de typhus à Bergen-Belsen le 20 avril 1945, à l'heure même où la liberté approchait.

« Ils avaient accepté de mourir pour la France, mais ils ne veulent pas être oubliés. »

Leurs noms figurent aujourd'hui au monument de Penmarc'h, et une rue de Saint-Guénolé honore leur mémoire.