Jean Bodéré

Jean Bodéré :
La force tranquille

1917 - 2000
"Imperturbable sous les rafales de pluie et de vent". C'est ainsi que la presse décrivait Jean Bodéré en 1959. Né le 8 décembre 1917 à Penmarc'h, ce colosse a traversé le siècle avec la robustesse des hommes de la côte. Joueur inusable jusqu'à la quarantaine passée, Résistant sauvé des heures sombres, il est décédé à l'aube du nouveau millénaire, le 30 janvier 2000.

L'Inoxydable : 27 ans de carrière

En décembre 1959, un article élogieux de Daniel Yonnet mettait en lumière ce phénomène des Cormorans. À 42 ans, Jean Bodéré continuait de "remiser chaque dimanche les chaussures à crampons dans l'armoire" après avoir défendu les couleurs de Penmarc'h.

Doté d'épaules de lutteur et d'un visage buriné par les intempéries, celui qui travaillait comme chef de fabrication à l'usine d'algues Seralg impressionnait par sa condition physique. "Je cours beaucoup moins que lorsque j'avais vingt ans", confiait-il avec malice, compensant la fougue de la jeunesse par un sens du placement et une économie de l'effort redoutables.

De l'avant-centre au défenseur gaucher

L'histoire de Jean Bodéré aux Cormorans commence très tôt, avec une première licence signée en 1933, à l'âge de 16 ans. Fait surprenant pour ceux qui l'ont connu défenseur : il a débuté comme avant-centre ! Rapide et doté d'un bon tir du droit, il marquait des buts.

C'est une blessure à la jambe droite qui va transformer son jeu. Contraint de se servir de son pied gauche, il s'adapte et recule sur le terrain pour devenir l'arrière gauche inamovible du club, ne se servant "plus que de la gauche" avec une efficacité redoutable.

La Guerre et la Résistance

Sa carrière sportive fut interrompue par les tourments de l'Histoire. Parti en 1937 pour son service militaire dans l'aviation à Rochefort, la guerre le surprend alors qu'il joue dans le Midi. En 1941, basé à Berre, son talent lui vaut même d'être sélectionné en équipe régionale et d'affronter l'Olympique de Marseille.

Il revient à Penmarc'h en 1943. C'est durant cette période sombre qu'il s'engage, comme d'autres membres du club (Péron, Jacob, Moguérou), dans la lutte clandestine. L'histoire des Cormorans le retient aujourd'hui comme l'un des "Résistants sauvés", ayant survécu aux périls de l'Occupation pour retrouver la liberté et les terrains de football.

Article de Daniel Yonnet sur Jean Bodéré (1959)
"Jean Bodéré, 42 ans, a la mer tranquille". Reportage de Daniel Yonnet, Ouest-France, 9 décembre 1959.

Une vie de fidélité

Père de famille (Claudie et Hugues), professionnel respecté à l'usine Seralg, Jean Bodéré a traversé les époques sans jamais quitter le navire Or et Noir. Il avouait s'entraîner "pas une fois" par semaine, la dureté de son travail et ses déplacements à vélo suffisant à le maintenir en forme.

Il s'est éteint à Quimper le 30 janvier 2000, à l'âge de 82 ans, laissant derrière lui le souvenir d'une "force tranquille" qui aura marqué le siècle du football bigouden.