Portrait d'Eugène Jacob

Eugène Jacob :
Le pionnier au nom des oiseaux

Président (1965 - 1968)
Succéder à une figure comme Hyacinthe Moguérou n'était pas chose aisée. Pourtant, en 1965, c'est tout naturellement qu'Eugène Jacob (1902-1993) prend la présidence des Cormorans Sportifs. Plus qu'un simple dirigeant, il est l'un des pères fondateurs du club, présent dès les premières heures de l'aventure en 1920. Mareyeur, tenancier du "Bar de l'Océan" et homme de caractère marqué par la guerre, il incarne la fidélité absolue aux couleurs de Saint-Guénolé.

L'histoire d'Eugène Jacob est indissociable de celle des Cormorans. Son lien avec le club remonte à sa genèse même. C'est lui, jeune joueur et dirigeant de la première heure, qui proposa le nom qui fait aujourd'hui la fierté de tout un pays.

À l'origine du nom "Cormorans"

La légende raconte qu'en 1920, lors d'une partie de pêche au large de Saint-Guénolé avec le peintre renommé Jean-Julien Lemordant, les deux hommes observèrent une volée de cormorans en file indienne. Inspiré par la ténacité et l'esprit de groupe de ces oiseaux marins, l'artiste suggéra ce nom pour la nouvelle équipe de football. Eugène Jacob adopta l'idée avec enthousiasme et la fit voter à l'unanimité lors de la réunion suivante, scellant ainsi l'identité du club pour le siècle à venir.

Une figure de Saint-Guénolé : du Bar de l'Océan au mareyage

Ancré dans la vie locale, Eugène Jacob, né en 1902, était une figure familière du port. Marié à Marie Stéphan en 1925, il tint longtemps le "Bar de l'Océan", construit vers 1925 rue Lucien Le Lay, qui faisait également office d'épicerie. Ce lieu convivial servit parfois de quartier général pour les assemblées générales du club dans les années 30.

Vue aérienne du port de Saint-Guénolé vers 1952
La rue Lucien Le Lay vers 1952, artère vitale du port où se situait le Bar de l'Océan. Carte postale Combier.

Après la guerre, il s'associa avec Nonna Le Calvez pour racheter l'usine Ravilly et y développer son activité de mareyeur, restant ainsi au cœur de l'activité économique du port.

L'épreuve de la guerre

Comme pour beaucoup de sa génération, la Seconde Guerre mondiale fut une période marquante. Il navigua pendant le conflit. Son bar fut le théâtre de l'arrestation de François Péron par les Allemands en 1940. Lors de la Libération en août 1944, son camion fut réquisitionné par les troupes allemandes en retraite. À Kerscaven, Eugène Jacob simula une panne et parvint à s'enfuir. En représailles, les soldats incendièrent son véhicule, témoignant des tensions extrêmes de cette période.

La présidence de la transition (1965-1968)

En 1965, après 19 années de présidence Moguérou, Eugène Jacob accepte de prendre le relais. Son mandat, bien que plus court (jusqu'en 1968), assure une transition en douceur, portée par un homme qui connaît chaque rouage du club depuis sa création. Il passe ensuite le flambeau à Franck Lanthony, après avoir consacré une grande partie de sa vie à faire grandir l'association qu'il avait contribué à nommer près d'un demi-siècle plus tôt. Eugène Jacob s'est éteint en 1993, laissant derrière lui l'héritage d'un club au nom singulier et fier.