Mémoire & Patrimoine

Marie Gentric

La force tranquille et la muse de Géo-Fourrier

Seize visages, une âme bigoudène

L'histoire a souvent la mémoire courte, préférant la lumière des hommes publics à la force tranquille de celles qui bâtissent le quotidien. Si Alain Nicolas, le célèbre "Tonton Lann", fut le grand ordonnateur des traditions de Penmarc'h, il puisait sa force dans un duo indissociable. À ses côtés, Marie Gentric incarnait la Bretagne dans ce qu'elle a de plus vivant, de plus authentique.

Dès 1902, le foyer du couple se transforme en un refuge bouillonnant. Ils y ouvrent leur porte aux artistes de passage, voyageurs de l'œil et du pinceau, venus chercher à la pointe du Finistère l'essence d'un monde rude et poétique. Parmi eux, un certain Georges Fourrier, dit Géo-Fourrier.

Fasciné par la prestance de son hôtesse, le graveur et photographe réalise dans le premier quart du XXe siècle une série inestimable : seize portraits de Marie Gentric. Seize instants capturés sur le vif, où la femme s'efface parfois derrière le geste ancestral. Qu'elle soit en costume de fête, altière et couronnée de dentelle, ou courbée sur la terre, "la femme à la houe", Marie ne pose pas : elle est. C'est dans ce dévouement silencieux à la terre de Penmarc'h et à ses traditions que Géo-Fourrier puisera l'inspiration de plusieurs de ses œuvres majeures.

Cette page lui rend aujourd'hui sa juste place : celle d'une muse, d'une gardienne du temple, et de l'incontournable moitié de ce couple mythique.