Juillet 1941 : L'Odyssée du Vincent-Michelle

Le secret des Bigoudens : Une épopée de la Résistance (Juillet 1941)

Henri Péron, le pharmaçien de St Guénolé, était très affecté de la mort du marin-pêcheur François Péron, fusillé le 25 février 1941 par les Allemands, lorsqu'un mois et demi plus tard, le 15 avril, Daniel Lomenech (officier de la Royal Navy et second du sous marin le Sea-lion) et Jean Le Roux (principal opérateur radio au sein du réseau Johnny assurant l’essentiel du trafic clandestin du réseau vers Londres), viennent chez lui à la "pharmacie centrale". Ils montent au dessus du "laboratoire" et entrent sans préambule dans le vif du sujet. Leur objectif : expédier par voie maritime les documents secrets qui s'accumulent. Le pharmacien n'hésite pas une seconde : Quand vous voudrez !

Le refus d'Henri Péron de collaborer avec les allemands

Face aux pressions allemandes et aux offres de fortune (cent millions de francs), le pharmacien Henri Péron ne cède pas. Acculé par la menace de devenir otage, il choisit la mer. « Laissez-moi, je vous prie, à mes louzou ! » (médicaments !), lance-t-il à l'occupant avant de préparer son départ clandestin, se sachant en danger après avoir exprimé son refus. Ce qui n'est qu'une intuition se confirme quelques jours plus tard alors qu'il arrive par le train de Paris et descend en gare de Quimper : "Il y a danger pour toi, ne rentre pas à Penmarc'h. Ta demande de séjour en zone sud a paru suspecte et les allemands parlent de toi comme otage à la première occasion...". Il faut "décaniller et vite" .... Le lendemain une estafette de Jean Leroux, venue à moto, l'avise : Ce sera pour la nuit du 2 Juillet. Rancart aux Glenan. Un transbordement tout d'abord. Ensuite un sous-marin se pointera au large. Dans la nuit du Mardi 1er au Mercredi 2 Juillet, Henri Péron quitte sa maison. Le port de St Guénolé est à trois kilomètres. Ses amis guettent dans le noir, le long du fossé pour le prévenir du moindre mouvement douteux. Parmi eux un "Cormoran bien connu" : Hyacinthe Moguérou.

Ar Mest (Le Maître)

Jacques Scuiller

Patron du Vincent-Michelle (GV 6497)
Jacques Scuiller
  • Âge : 49 ans (en 1941)
  • Famille : Père de 5 enfants
  • Épouse : Jeanne Briec

Décrit comme ayant sur le visage « tout le calme de la mer dans le clair matin d’une morte-eau d’été », Jacques Scuiller était l'âme silencieuse et solide de l'odyssée.

États de Service Ancien de l’amiral Ronarc’h, il s'est illustré sur les champs de bataille de Dixmude et de Douaumont. Ses références militaires en faisaient un homme de confiance absolue pour Henri Péron.

Son engagement dans la Résistance fut une affaire de conviction partagée. Avant d'accepter la mission, il consulte son épouse : « Tu sais que je ne fais rien sans Jeanne... ». C’est elle qui lui donnera le feu vert final : « Va, si tu penses que tu dois ».

« Tous les soirs, je laisserai la porte de la cabine ouverte. Comme ça, pas nécessaire d’avertir. Tes gars, quand ils s'ront prêts, n'auront qu'à se cacher en dessous. »

Navigateur d'exception, il reçut les félicitations du commandant Ben Bryant du Sea Lion, impressionné par sa précision lors du rendez-vous en mer. À son retour, il recevra 1700 francs pour la mission, soit à peine le prix d'une « bonne marée ».

D'après les archives de René Pichavant et les témoignages d'Henri Péron.

La traversée et le Sea Lion

Dans la nuit du 2 juillet, le navire quitte Saint-Guénolé. À bord, Henri Péron, l'équipage, et bientôt cinq passagers récupérés près des Glénan, dont Daniel Lomenech et un aviateur polonais. À minuit pile, le sous-marin britannique Sea Lion émerge à l'Est. Un dialogue s'engage au porte-voix, les identités sont vérifiées, et les passagers défilent entre deux cordons de matelots britanniques.

Le saviez-vous ? L'opération servit aussi à introduire de la cocaïne destinée aux officiers allemands à Paris, afin de « contribuer à l'effort de guerre en alanguissant l'ennemi ».

Le retour des héros

Après onze jours sous l'eau et un périple risqué, Henri Péron débarque à Portsmouth. Le Vincent-Michelle, lui, regagne Concarneau puis Penmarc'h, camouflant sous des filets et des barriques de cidre des émetteurs radio, de l'essence et des fonds pour la lutte clandestine.

Pour aller plus loin...

Récit documenté d'après les archives de la Résistance locale et le livre de René Pichavant : Clandestins de l'Iroise (1940-42)

de René Pichavant