L'Évasion du Sardinier
L'Odyssée du "Notre-Dame de Bon Conseil"Ils ne furent pas nombreux à entendre l'Appel du 18 juin. À Kérity, l'idée chemine dans l'après-midi du 24 juin. Dix hommes sont dans le complot, unis par une même volonté : la France a perdu une bataille, pas la guerre.

Minuit, l'heure du départ
Le plan initial est ardu. Adolphe Palud suggère d'utiliser le bateau de son père, "La Volonté de Dieu", mais celui-ci s'y oppose. On envisage alors le "Charleston", mais la pinasse n'est pas taillée pour la voile : il faut quitter Kérity sans moteur pour ne pas alerter les vigies.
Le choix se porte sur le sardinier d'Yves Calvez. Par marée descendante, il est halé à « La Poire ». Après avoir soutiré 1 250 litres d'essence à la ronde, le groupe se réunit. À minuit, au pied du phare d'Eckmühl, un dernier conjuré abandonne. Ils sont huit à s'élancer en silence, à l'aviron, face au canon pointé sur la cale.
Patron (Doyen)
Doyen
Mécanicien
Mécanicien (20 ans)
Écoper pendant 50 heures
Derrière la barre des Etocs, la voile est hissée. Mais le bateau, surchargé, s'enfonce. L'étoupe manque par endroits au-dessus de la ligne de flottaison et l'eau s'engouffre.
« Ils pompent pendant cinquante heures sans arrêt. Tout est bon pour écoper : les seaux, les sabots, un vieux pot... et même les casquettes ! »
Épuisés, sans vivres (les sandwiches n'étaient pas prévus pour une telle durée), ils sont repérés le jeudi matin par deux avions de chasse anglais et escortés vers Saint Mary's. Après avoir été interrogés par une interprète aux Scilly, ils transitent par Penzance, Falmouth (sur le Goumier), puis le Courbet, avant de s'engager dans les FNFL.

Le Prix de la Liberté
L'Enfant de Saint-Pierre : Orphelin de père à 14 ans, marin aguerri, il laisse derrière lui sa femme Isabelle et ses deux enfants pour répondre à l'appel.
Quartier-maître sur l'aviso Commandant Duboc, il meurt au combat le 23 septembre 1940 devant Dakar. Il est l'un des premiers Compagnons de la Libération.
Le destin dispersera l'équipage. Alexandre Briec figurera le 10 février 1942 parmi les disparus de la corvette « Alysse ». Louis "lili" Loussouarn mourra aux USA en 1943, alors qu’il suivait un cours dans l’aéronavale. Les cinq autres reviendront, dont Jean Normand, qui témoignera jusqu'en 1998 de cette épopée.
🌊 L'Honneur Bigouden
Ils vont écrire, de leur sang, le chapitre bigouden du courage. La même nuit, au Guilvinec, le "Le Korrigan", le "Mouscoul" et le "Petit Manuel" prenaient aussi le large vers l'Angleterre.











