Chronique des Archives

1911 : De Penmarc'h à Montparnasse

L'exil des « Parias » au cœur fier
En ce début de XXe siècle, alors que le recensement de 1911 révèle une présence bretonne record dans la capitale, Penmarc'h vit au rythme de ses paradoxes : entre l'éclat de ses nouveaux phares et la dureté des crises sardinières qui poussent ses enfants vers l'exil.

On imagine souvent l’histoire de notre commune comme une aventure purement maritime, rythmée par les tempêtes et les saisons de la sardine. Pourtant, en cette année 1911, un pan entier de notre mémoire locale s'écrit loin des embruns : sur les pavés de Paris.

Le temps du déracinement et le « Startigen »

À cette époque, le Finistère est le département qui envoie le plus de bras vers Paris. En débarquant à la « Gare-Mère » de Montparnasse, le Penmarchais découvre un quartier transfiguré : les rues du Maine, du Départ ou de la Gaîté forment alors une véritable enclave bigoudène, un « Petit Quimper » de bitume.

On quitte la conserverie ou le port pour devenir cocher, ouvrier à Saint-Denis ou employé aux chemins de fer.

Mais le Penmarchais ne part pas vaincu. Il emporte avec lui le Startigen, cette énergie vitale et cette opiniâtreté qui caractérisent les gens d'ici. C'est ce « défi à l'océan » porté jusque dans la rue, une force de caractère nécessaire pour affronter les bureaux de placement qui exploitent parfois la méconnaissance des nouveaux arrivants.

Entre mépris et solidarité

Les historiens nous rappellent que ces migrants étaient souvent accueillis comme des « parias ». En 1911, l'image de la « Bécassine » naïve est à son apogée, figeant les nôtres dans un mépris social tenace. Pourtant, la solidarité finistérienne fait rempart.

Près de la gare, dans les chambrées du 14ème arrondissement, on parle breton pour se rassurer. On garde précieusement, au fond des malles, les gilets brodés « or et sang » et les coiffes qui, à Penmarc'h, atteignent en cette année 1911 des sommets de dentelle. Face au regard parisien, cette coiffe haute n'est plus seulement un vêtement, c'est un acte de résistance culturelle.

La sardine et la ville lumière

🎫 RÉSEAU DE L'ÉTAT
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QUIMPER -> MONTPARNASSE
Classe : 3ème
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Valable pour un trajet
Prix : 22 frs 50
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ANNÉE 1911
Le lien entre nos côtes et Paris est alors vital. Les crises de la sardine de la décennie écoulée ont agi comme un accélérateur d'exil. Cependant, l'exil n'est pas un adieu.

Chaque mois, le « mandat de poste » envoyé au pays devient une institution : cet argent de Paris sert à maintenir la maison familiale près de Saint-Nonna ou à acquérir quelques terres à Kérity.

La vie spirituelle n'est pas oubliée : à la paroisse bretonne de Paris, sous l'égide de l'abbé Cadic, l'exilé retrouve la ferveur des Pardons. Certains reviennent d'ailleurs pour celui de Notre-Dame-de-la-Joie, ramenant avec eux des modes et des idées nouvelles qui participent à la modernisation de Penmarc'h. Ce va-et-vient forge un Bigouden nouveau : fier de ses racines, mais résolument ouvert sur le siècle qui s'avance.

Une identité voyageuse

En 1911, l’identité de Penmarc’h est double : elle est ancrée dans son sol, mais elle a aussi voyagé. Cette chronique est un hommage à ceux qui sont restés, mais aussi à ceux qui, la valise à la main, ont porté la fierté du Pays Bigouden jusque dans les rues de la capitale.

Tam Glaz - Les Bretons à Paris

Rond de Saint-Vincent
"Ils débarquèrent à Montparnasse... Après l'trajet en troisième classe...
Pensant à Bécassine, ils cachèrent leur origine...
Français peut-être, Bretons sûr'ment."

Il nous reste à fouiller nos archives : qui était cet oncle garde-barrière à Paris en 1911 ? Cette tante employée de maison dont la main n'avait rien perdu de sa dextérité de brodeuse ? Ils sont, eux aussi, les visages de notre histoire.