Les Korollerien An Aod
Tout a commencé vers 1945, dans l'enceinte de l'école publique de Saint-Guénolé. Deux institutrices, Jeanne Le Blaise et Geneviève Jacob (que les amis de l'école appelaient affectueusement "les filles"), décident de monter une chorale. Au départ, les garçons n'y sont pas. Ils se cachent dans les bosquets alentour pour écouter et commenter, avant d'être peu à peu "apprivoisés" par Louis Le Pape pour intégrer la troupe.
Du Théâtre à la Danse : Le Système D
Avant de faire claquer les sabots, l'Amicale brûlait les planches. Le répertoire ? Du Labiche et du Courteline. Les décors, entièrement pliables, permettaient de créer un intérieur bourgeois ou une forêt en quelques minutes, sous l'œil fort satisfait de Monsieur l'Inspecteur.
Mais c'est la danse qui va donner au groupe sa renommée, sous l'impulsion de Mme Jean Sénéchal (née Andrée Seznec). Le cercle celtique est né. Il y avait cependant un problème de taille : les costumes faisaient cruellement défaut pour ces jeunes marins, artisans ou étudiants.
C'est ici qu'intervient le fameux système D de l'époque. Faute de posséder les lourdes étoffes bigoudènes, les danseurs de Penmarc'h firent leurs premiers pas sur scène... en costumes de Bannalec ! Un tour de force vestimentaire rendu possible par l'instituteur Jean Olivier, lui-même natif de cette commune, qui avait réussi à dénicher les tenues.

Sur les Routes avec "Tintin Le Rheun"
Très vite, le succès dépasse les frontières du Pays Bigouden. Sous l'œil attentif des musiciens talentueux (Pierre Signor, Jean Olivier, ou René, le brillant frère de Pierrot Queffelec), le groupe s'exporte : Niort, Bourg-en-Bresse, Les Sables d'Olonne... Le tout conduit de main de maître par leur chauffeur attitré, le bien nommé "Tintin Le Rheun".
Louis Le Pape adorait raconter ce déplacement en Belgique. À leur arrivée à l'hôtel, exténués par la route, les danseurs présentaient une allure désastreuse avec leurs vêtements complètement chiffonnés. Honteux, on les relégua dans un coin sombre de la salle du restaurant.
Mais les Bigoudènes avaient du ressort. Après une nuit de labeur acharné en coulisses, la descente des escaliers le lendemain matin fut royale : chaussures cirées à l'extrême, gilets flamboyants, bustes droits et coiffes impeccables. Les autres pensionnaires de l'hôtel en restèrent littéralement la bouche ouverte !
Petits drames et grandes incompréhensions
Si la gloire était au rendez-vous, les déplacements offraient parfois de grands moments de solitude ou de comédie involontaire. Camille Donnard gardera sans doute longtemps en mémoire ce récital qui éblouit les badauds sous une pluie si ininterrompue qu'elle faillit annuler toute la représentation.
Parfois, le drame se jouait en coulisses. Un jour de représentation hors de nos bases, un danseur perdit la clef du placard où était enfermé son précieux costume. La panique s'installa. Comment expliquer l'urgence de la situation, l'outil nécessaire pour forcer la porte, et l'imminence du spectacle... à des locaux qui ne parlaient que le français, alors que notre danseur ne s'exprimait qu'en breton ? Le costume fut finalement récupéré in extremis, juste avant de monter sur scène.
Quant à Jean Olivier, la gastronomie de voyage lui réserva quelques surprises : il dût se contenter de marmelade en guise d'accompagnement pour son beefsteak au restaurant, avant de voir enfin arriver les pommes de terre tant réclamées !
L'exil de Mme Sénéchal laissa plus tard une plaie béante dans le groupe, mais l'influence de ces jeunes pionniers des Korollerien An Aod demeurera vive à travers les générations de Penmarc'h.
















