La Criée et les Crampons
Il est des moments dans l'histoire d'un club où le destin sportif ne se joue pas sur le terrain, mais dans les bureaux administratifs de la ville. Les archives de 1969 nous révèlent une corrélation fascinante : la renaissance des Cormorans est intimement liée au "miracle économique" de Saint-Guénolé : la création de la Criée.
À la fin des années 60, le club va mal. Les Cormorans viennent de "descendre de trois divisions en quatre ans". Le drame de Penmarc'h, comme celui de toute la Bretagne à l'époque, c'est l'exode : « l'absence de débouchés et la fuite obligatoire de sa jeunesse ». Les jeunes talents formés au club partent travailler ailleurs.
Tout bascule avec l'indépendance des patrons-pêcheurs de Saint-Guénolé vis-à-vis de Concarneau et Guilvinec. Le 6 janvier 1969 marque la mise en service officielle de la nouvelle criée. Les hauturiers Marie-Suzanne, Maryse Odile et An Tin couz inaugurent les ventes.
L'infrastructure de 800 m² prévoit la création de 13 emplois. Un chiffre modeste ? Pas pour le club de football, qui va littéralement "squatter" ces nouveaux postes pour retenir ses joueurs.

- Antoine PASCUAL (Entraîneur) : Il revient de Port-Vendres uniquement parce qu'il a l'assurance de cet "emploi fixe et sûr".
- LAPPART (Arrière) : Employé à la criée.
- OLIVIER (Milieu) : Un "natif" embauché par la criée.
- VARIEL (Milieu) : Employé à la criée.
- CASTRIC (Avant-centre) : Son retour de Quimper est motivé par une embauche à la criée.
Avec cet « un noyau sûr de 4 joueurs sur 11 » travaillant au même endroit, la cohésion est totale. C'est ce tissu économique qui permet le retour de l'entraîneur emblématique Antoine Pascual.
La dynamique est telle que la criée devient rapidement trop petite. Dès le 2 mars 1970, une extension porte la surface à 1600 m². Parallèlement sur le terrain, l'équipe renforcée enraye sa chute et entame une remontée spectaculaire, dominant son championnat. L'essor économique et la réussite sportive ont marché main dans la main.
Si l'économie était sérieuse, le football gardait son folklore. Lors de cette saison de reconquête, les Cormorans allèrent gagner 4-0 à Gourlizon. Le stade local, fiché au sommet d'une colline, avait une particularité : si on manquait le cadre, le ballon dévalait la pente sur plusieurs dizaines de mètres en contrebas. Un lieu surnommé affectueusement par les locaux... « La Poubelle » !