Chronique des Faits Divers — Archives 1782

Le Sauvage
de la Palue

La folle rumeur de l'homme des sables de Penmarc'h

Oubliez un instant les austères recteurs et la grande épopée maritime. En explorant les précieuses correspondances archivées par l'abbé Quiniou, on découvre qu'en avril 1782, la milice de Penmarc'h fut mobilisée pour une mission digne d'un roman fantastique : la traque d'un monstre dans les dunes.

Le récit commence par une lettre alarmée de M. de la Bastide, commandant général de la côte. La rumeur enfle parmi les cultivateurs et les marins : une créature rôde dans les marécages et les sables de la Palue. L'alerte est donnée à l'Intendant de Bretagne.

Une espèce d'homme sauvage, allant tout nu, vient de faire son apparition aux environs de Penmarc'h. Il se nourrit de racines ; il ne parle pas...
Croquis du Sauvage
Aperçu dans les dunes (Vue d'artiste)

Face à ce "Bigfoot" bigouden, M. de la Bastide donne l'ordre formel à la milice de l'arrêter. L'opération n'est pas de tout repos. L'individu, loin d'être docile, se débat farouchement. Lors de sa capture, on découvre sur lui un poignard, et on constate qu'il n'est pas "tout nu" comme le voulait la rumeur, mais simplement vêtu d'une longue chemise en lambeaux.

Le dangereux "sauvage" est transféré sous escorte à la prison de Pont-l'Abbé, puis envoyé à l'hôpital de Quimper pour y être examiné. Et c'est là que le mythe s'effondre avec une certaine tendresse.

À Quimper, les médecins décrivent un homme d'environ trente-cinq ans, mesurant un peu plus d'un mètre soixante, les cheveux blonds, les yeux bleus et... ayant « l'air fort doux ».

Le terrifiant troglodyte de la Palue n'était en réalité qu'un pauvre marin espagnol ! S'exprimant uniquement dans sa langue natale (ce explique pourquoi les Bretons pensaient qu'il ne parlait pas), l'homme avait survécu à un naufrage près de Brest. Pendant deux mois, il avait erré le long de la côte, terrifié, se nourrissant de racines et de poissons crus.

Grâce à l'intervention de l'ambassadeur d'Espagne, notre fameux sauvage – qui s'appelait en fait très civilement Manuel Garcia, originaire de Navarre – fut finalement rapatrié vers son pays natal à l'hiver 1782.

Cette anecdote, consignée le plus sérieusement du monde, nous rappelle avec malice qu'à l'époque, rencontrer un étranger traumatisé sur une plage bretonne suffisait amplement pour créer une légende terrifiante !