Bibliothèque de Kérity
— Témoignage recueilli par Pierre Portais
1947 : La naissance au fond de la classe
L'aventure commence dans l'immédiat après-guerre. Ernest Houchouas, instituteur et fils de gardien de phare, installe ses propres livres dans une vieille armoire au fond de sa classe à l'école des garçons de Kérity.
À une époque où les bibliothèques laïques peinent à survivre, celle de Kérity tient bon grâce à la rigueur de son créateur. Chaque dimanche matin, il faisait ses comptes. Chaque adhérent devait avoir sa carte à l'Amicale Laïque et payer pour chaque emprunt, avec des amendes en cas de retard.
Pour chaque livre, Ernest indiquait sur son cahier l'éditeur, l'auteur, le titre, l'année d'achat et ajoutait un commentaire personnel. Une base de données avant l'heure !
L'ère de "Madame Le Lay"
En 1951, Marie-Madeleine Le Lay arrive à l'école de Kérity : «l'école n'était pas achevée quand a eu lieu la première rentrée dans ces locaux; les élèves rentraient en classe par les fenêtres, les portes n'étant pas faites». Sous son impulsion, la bibliothèque s'émancipe. On finit par occuper une pièce entière, puis, au milieu des années 80, les livres migrent temporairement au vieux phare de Saint-Pierre pendant la rénovation du groupe scolaire. En 2004, l'école de Kerity ferme. Son "dernier directeur", Philippe Madec, rejoindra la direction de la maternelle de Saint- Guénolé. Il témoigne : "La dernière année, Il n'y avait plus qu'une classe avec toutes les sections de maternelle. La mairie avait fermé l'élémentaire l'année précédente. Les instits avaient été nommées à l'école du bourg. La majorité des élèves les avait suivies. C'est pour ça que le nombre de classes avait augmenté au bourg. J'avais les PS1,PS2 et les moyennes sections, Anne Marie Volant les grandes sections (que je prenais en maths en début d'après midi pendant la sieste des petits et moyens pour l'aider), les CP et CE1 et Mireille Moyzan les CE2, CM1 ET CM2. Quand la mairie avait décidé de fermer l'élémentaire à Kerity, j'avais demandé à ce qu'il y ait une navette qui aille de Kerity au Bourg pour emmener les élèves les plus âgés. Quand les familles avaient un enfant en maternelle et un autre en élémentaire, elles ont retiré les 2 dans la grande majorité, normal."

En 1998, lors du 50ème anniversaire, la bibliothèque gérait déjà près de 12 000 ouvrages pour 510 adhérents, entassés dans seulement 40 m².
Un patrimoine en question
Si l'intégration au sein de l'UPAL en 1988 a permis de structurer l'offre, la question des locaux reste le point sensible.
Aujourd'hui, l'attachement des habitants à ce lieu chargé d'histoire est intact, mais la vétusté des murs interroge. Entre la volonté de préserver l'âme de ce "fond de classe" et la nécessité de locaux modernes, l'avenir de la bibliothèque de Kérity reste un sujet de réflexion majeur.










