L'Amicale de Solidarité :
Quand le Football Bigouden inventait sa "Sécu"

L'union sacrée des clubs face aux coups durs (1965)
Dans les années 60, le football amateur était rude et les assurances sommaires. Une blessure grave pouvait signifier, pour un ouvrier ou un artisan, une perte de salaire catastrophique. Face à ce constat, les clubs du Pays Bigouden et du Cap Caval ont eu l'intelligence de s'unir pour créer une œuvre pionnière : l'Amicale Sportive de Solidarité. Récit d'une aventure humaine née d'un accident de terrain.

Le Déclic : La fracture de Jean-Claude Gloanec

Tout part d'un fait de jeu dramatique. Nous sommes le 26 décembre 1965, jour de lendemain de Noël. Les Cormorans reçoivent Quimperlé. Lors d'un duel, Jean-Claude Gloanec, solide défenseur de Penmarc'h, s'effondre.

Suite à un « coup de tête involontaire », il a la pommette droite fracturée. Défiguré, il est conduit d'urgence à l'hôpital de Pont-l'Abbé où le chirurgien Guias parvient à le soigner. Mais le bilan est lourd : deux mois d'arrêt, des frais d'hospitalisation et de rééducation. Pour le club et le joueur, c'est un « coup financier élevé » que les indemnités de base ne couvrent pas.

Pour les dirigeants des Cormorans, cet accident fut le déclic : il fallait trouver une solution collective pour protéger les joueurs.

L'Union Sacrée à Plozévet

L'idée d'une union des clubs germa rapidement. Une réunion historique se tint à Plozévet, sous l'impulsion de Jean Hamon (instituteur) et Germain Loussouarn (facteur et dirigeant de "La Ploz").

1 FrancLe montant de la majoration sur chaque billet de match pour financer la caisse.

Une vingtaine de dirigeants de tout le secteur (1ère, 2ème et 3ème divisions) répondirent présents. Bigoudens et Capistes décidèrent de faire front commun. Le principe était simple et solidaire : créer une caisse commune pour compléter les remboursements de la Sécurité Sociale et compenser les pertes de salaires.

Le financement était ingénieux : les tickets d'entrée aux matchs furent majorés d'un franc au profit de l'Amicale. Avec 300 à 500 spectateurs par match à l'époque, les "petits ruisseaux firent les grandes rivières".

Le drame de Pierre Riou

L'Amicale fut officiellement lancée en 1966 avec à sa tête Pierre Riou, de Landudec, figure locale et créateur de l'aérodrome de Pluguffan. Mais le destin frappa cruellement : Pierre Riou se tua aux commandes de son avion lors d'un baptême de l'air au-dessus de la ferme de Gouesnach en Penmarc'h.

La région fut consternée. Pour honorer sa mémoire et pérenniser l'action, une compétition fut créée : la « Coupe Pierre Riou ». Les recettes de ce tournoi devinrent vitales pour l'Amicale. En 1975, la finale à Peumerit attira plus de 1000 spectateurs !

Les dirigeants historiques
Des dirigeants dévoués : Pierre Boënnec (à droite, avec sa casquette) fut l'un des piliers de cette Amicale, dont il assuma la présidence pendant 10 ans.

Le Bilan : Une vie au service des autres

L'auteur de ces mémoires, Pierre Boënnec, joua un rôle central dans cette organisation. Trésorier des Cormorans, il fut désigné pour représenter le club et devint vice-président en 1967, puis président pendant 10 ans.

Au moment de se retourner sur son action, il nous livre un bilan chiffré qui donne le vertige et témoigne de l'intensité des "casses" sur les terrains de l'époque. Voici la "comptabilité du cœur" de cette Amicale :

Le Bilan Annuel Moyen
40Dossiers traités par an
5 500 FVersés en moyenne / an
7 MoisDurée max. d'arrêt indemnisé

L'amplitude des aides versées illustre la variété des accidents : de la simple entorse nécessitant 3 jours d'arrêt jusqu'aux graves fractures entraînant 7 mois d'incapacité. Les sommes allouées variaient en conséquence, allant de 200 à 10 000 francs pour les cas les plus critiques.

« Devant ce résultat un seul cri :
Vive l'Amicale sportive de Solidarité ! »