PENMARC'H FESTIVAL

4, 5 & 6 JUILLET 1980

Les 4, 5 et 6 juillet 1980, le stade municipal Jos Péron, l'antre historique des Cormorans Sportifs, accueillait des milliers de personnes. Ce grand rassemblement, organisé par la toute jeune association Gouelioù Evit Ar Vro Vigoudenn (« Fêtes pour le Pays Bigouden »), devenait le premier grand festival de la région.

Pour l'occasion, les infrastructures sportives avaient été adaptées, avec notamment un terrain de camping gratuit aménagé directement sur place. Camping sauvage le long des routes, aucun agent de sécurité sur le site, des averses, absence de disjoncteur sur le groupe électrogène... Ce lundi 7 juillet 1980, c’est un soulagement : aucun incident majeur n’est à déplorer. « Nous voulions faire bouger les choses. Nous l’avons fait avec une grosse dose d’inconscience », se rappellent Yves Canévet et Hervé Kerveillant.

Une affiche mythique : Rock & Tradition

Témoin de la forte effervescence culturelle de l'année 1980 à la pointe bigoudène, la programmation offrait un véritable brassage entre la grande scène rock de l'époque et la culture bretonne :

Vendredi 4 Juillet Projections de films du réalisateur breton Félix Le Garrec, suivies d'un immense fest-noz animé par les Sonerien Du.
Le Reste du Week-end Concours de sonneurs et figures celtiques : Diaouled Ar Menez, Gérard Delahaye, Roland Becker et le groupe écossais New-Celeste.
Tête d'AfficheBernard Lavilliers, surfant sur l'immense vague de son album O Gringo, embrase le stade en clôture le dimanche soir.
50 FFPass Week-end
(Sam 25F / Dim 35F)
~20 000Spectateurs
70 000 FFCachet Lavilliers

En 1980, le contexte est explosif avec les combats antinucléaires à Plogoff. Pour obtenir le terrain, il a fallu filouter : « On a dit à la commune qu'on faisait un fest-noz amélioré ». Le succès est colossal. Le lendemain, lors du nettoyage, une prothèse de jambe sera retrouvée sur le terrain... Un oubli qui témoigne de la folie qui devait y régner !

Le saviez-vous ?

Le "film fantôme" de Lavilliers

Pour immortaliser cet événement historique, les organisateurs avaient fait appel à un cameraman professionnel. Tout au long du concert, l'homme, visiblement conquis par l'énergie brute de Bernard Lavilliers, a consciencieusement cadré, zoomé et suivi le chanteur avec un enthousiasme débordant.

C'est au moment de dérusher les images que la réalité, cruelle, a rattrapé la magie : dans l'ivresse du moment, notre artiste de la caméra avait tout simplement oublié... de charger la pellicule ! Résultat : pas une seule image du concert de Lavilliers à Penmarc'h. Un film "officiel" qui n'existe que dans la mémoire de ceux qui y étaient.

Scène de rue penmarchaise

Quand "Ferraille" faisait sa loi

Le saviez-vous ? Une spécificité typiquement penmarchaise veut que chacun possède son propre surnom. À l'époque, la patronne de la célèbre boutique Saint-Gué Presse n’était autre que Mme Le Fer / Bernadette Scuiller (1924-2000) dite Mimi, épouse Le Fer. Un patronyme prédestiné puisque son tempérament bien trempé lui avait valu d'être rebaptisée collectivement « Ferraille » !

Voyant d'un très mauvais œil le débarquement imminent de cette immense « horde de jeunes » chevelus dans sa commune, elle décida de prendre les choses en main. Le jour du concert, pas démontée pour un sou, « Ferraille » alla garer sa voiture en plein travers de la route pour bloquer l'accès vers le stade, avant de grimper fièrement sur le toit de son véhicule pour « faire la police » elle-même ! Une scène pittoresque qui est restée gravée dans la mémoire des locaux.

Archive de presse - 1977

La voix des "Prolo-Barbares"

Trois ans avant de fouler la scène du stade municipal, une interview de 1977 dresse un portrait sociologique fascinant du chanteur. À la sortie de son album « Les Barbares », Bernard Lavilliers ne se voit pas comme une vedette, mais comme un « grand fauve d'amazone, né dans la jungle Stéphanoise ».

Fils d'ouvrier ayant connu la maison de redressement, il incarne une rébellion viscérale. Il refuse farouchement l'étiquette du "chanteur à message" moralisateur de l'époque, préférant livrer la réalité brute pour que « les gens pensent ce qu'ils veulent ». Méfiant face au succès, il craint d'être happé par le show-business (« Je ne suis qu'un produit, un tapis de dollars »).

L'Écho de 1980 :
On comprend mieux pourquoi sa présence résonne si fort à Penmarc'h. Dans le climat explosif des luttes antinucléaires de Plogoff, ce n'est pas une icône pop qui débarque, mais le porte-voix d'une jeunesse ouvrière et insoumise. Une énergie brute, en parfaite symbiose avec l'audace (et "l'inconscience") des organisateurs du festival.
Anecdote : Bernard Lavilliers est le parrain du phare d'Eckmühl.

Revivez l'ambiance de 1980