Jules Signor
« Fildéro » (1913 - 1979)Un marin au cœur de poète
Né en 1913, fils de marin, Jules n'était pas fait pour la rudesse du pont et le tri de la sardine. Son horizon à lui n'était pas fait de filets, mais de rimes. Très tôt, il se distingue par une voix brillante et un charisme qui détonne. On l'appelle « Fildéro » (le Fil d’Éros), un surnom qui dit tout de son tempérament : romantique, séducteur, un brin dandy dans un monde de sueur et de sel.
Il devient le chanteur des bistrots et des fêtes, celui qui apporte un peu de velours dans les ports du Pays Bigouden. Son répertoire ? Des tangos, des milongas et des complaintes qu’il compose parfois au rythme du moteur de son canot de pêche, le bien nommé Casse-Partout. On raconte que le "tac-tac" du diesel lui servait de métronome pour scander ses vers face à la pointe de Penmarc'h.
L’ermite de La Torche
Mais la vie, comme la mer, peut être cruelle. Marqué par les épreuves et la perte progressive de la vue, Jules Signor finit par s'éloigner du fracas du port. Il s'installe dans une cabane de fortune à la Pointe de la Torche, vivant presque en ermite au milieu du palud, face à la fureur de la baie d'Audierne.
Devenu aveugle, celui qui avait tant chanté la beauté des femmes et de la mer finit sa vie dans un dénuement total. Pourtant, ceux qui l'ont croisé à cette époque se souviennent d'un homme qui gardait une dignité immense — ce fameux « clochard classe » qui semblait habiter la lande comme un seigneur déchu, hanté par les échos de la Roche des Victimes (Mein ar Vag).
Focus : L’Écho d’une Voix Perdue
Le groupe bigouden Oktopus Kafé a relevé le défi de redonner vie à un chanteur dont il n'existait aucune trace sonore.
- Un pont entre les mondes : L’album mélange la mélancolie du gwerz breton, l'énergie de la milonga et la passion du tango.
- Des titres emblématiques : Le disque ressuscite des pépites comme La sirène de Mein ar Vag ou Daoulag ar c'hwildero (Les yeux de Fildéro).
- Plus qu’un disque, un récit : À travers des concerts, ils font revivre cet homme qui préférait la poésie au confort.
Aujourd’hui, grâce à ce travail de mémoire, Jules Signor n’est plus seulement une silhouette sombre dans les dunes de La Torche, mais une légende qui continue de faire vibrer le Pays Bigouden. Il reste la preuve que la mer n'efface pas tout.

