L'Usine Cassegrain :
Le Cœur Industriel de la Ville
Avant les matchs du dimanche, il y avait le labeur de la semaine.
Pourquoi cette chronique ? En 2006 naissait le journal local Mouez Penmarc'h. Son tout premier numéro consacrait un dossier fascinant aux "Ouvrières d'usine chez Cassegrain".
Si le lien avec le football ne saute pas aux yeux, il est pourtant vital : ces ouvrières étaient les mères, les épouses et les sœurs de nos joueurs. C'est leur travail acharné qui faisait battre le cœur économique de Penmarc'h, permettant au club de vivre.
"Qu'est-ce qu'on avait froid !"
L'article nous replonge dans l'ambiance des années 40 et 50. Une époque rude où "les deux mamelles de l'économie" étaient la pêche et les conserveries.
Les témoignages sont poignants. L'hiver, on travaillait le glizigou (le petit sprat) qui arrivait parfois congelé. « Notre usine est une vraie glacière, et nous ne sentons plus nos mains » chantaient les ouvrières sur l'air de "Maître Pierre" pour se donner du courage.
Au rythme de la sirène
Pas de SMS ni de téléphone portable à l'époque. C'était la sirène de l'usine qui dictait la vie du village.
- 1er coup : Les bateaux rentrent, il faut aller "au champ".
- 2ème coup : Début du travail (avec 5 minutes de tolérance !).
Quand il y avait du poisson, il fallait le travailler le jour même. Les journées pouvaient commencer à 7h du matin et finir à 1h du matin !
L'usine Cassegrain à St-Guénolé (Source: Mouez Penmarc'h #1)
Fêtes et remises de médailles : des moments de vie."Quand les Bigoudènes travaillent à la chaîne..."
Extrait du magazine "Regards", 6 Décembre 1946A lors que le pays se relève de la guerre, la presse nationale s'intéresse à Penmarc'h. Ce reportage décrit une scène fascinante où la tradition percute l'industrie.
Le journaliste y raconte le quotidien rythmé par la sirène : « Midi : La sirène de l'usine a retenti et les ouvrières dont la haute coiffe brave le vent enfourchent leur vélo et s'en vont déjeuner. »
Il souligne aussi la noblesse de ces femmes : « Ces ouvrières aux mains habiles évoquent [...] un parterre de reines aux couronnes de fine dentelle blanche.»
Document Original
Découvrez les photos et le texte intégral de ce reportage rare de 1946.
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Après 1950, le thon blanc (germon) est venu compléter l'activité. Les bateaux partaient en juin. À l'usine, il fallait tirer la peau, le sang et les arêtes. Les journées étaient plus régulières car le poisson était mis en glacière.
C'était aussi le temps des petits pois et haricots verts. S'il arrivait un chargement, on ramenait parfois les haricots à la maison pour les équeuter en famille le soir. On transportait ça à vélo... ou sur le dos ! Tout le monde, même les enfants, participait à l'effort.
Les jeunes débutantes étaient surnommées les "petites filles". Payées 1,50 F de l'heure la première année, elles avaient leur propre chanson pour se donner du cœur à l'ouvrage :
"Quand on débute à l'usine, il faut travailler
Accepter la discipline et faire les corvées...
Car comme dit l'adage, l'argent n'a pas d'odeur !"
📸 Elles ont fait l'histoire (Photo 1959)
Reconnaissez-vous vos proches (photo des médaillées) ? (Noms de jeune fille)
- 1er rang : Michel Buannic, Joséphine Péoc’h, Perrine Pochat, Joséphine Nédélec, Anna Loussouarn, Marie Nédélec, Pierre Le Gall (Gérant), Aline Le Corre, Anna Bariou, Marianne Lucas, Marie Calvez, Marie-Jeanne Bargain.
- 2ème rang : Marie Bodéré, Marie Souron, Marie Charlot, Yvonne Plouzennec, Marie Lucas, Anna Guéguen, Jeanne Lucas, Anna Bodéré, Marie-Louise Calvez, Marie Andro, Marie-Louise Le Donge.
- 3ème rang : Anna Stéphan, Marie-Jeanne Durand, Titine Bariou, Alain Péoc’h, Françoise Le Berre.
- 4ème rang : Jeanne Hélias, Marie Daoulas, Louis Crédou, Urbaine Vigouroux, Emile Salaün, Marie-Louise Guéguen, Marie-Jeanne Cabillic, Marie-Louise Le Brun, Maria Paul, Albertine Cossec, Marylène Péoc’h, Jeanne Cossec.
« Ouvrière de conserverie autrefois : un rude mais beau métier. »
En se souvenant d'elles, nous nous souvenons d'où nous venons.




