1903 : La Grande Misère

Quand l'ombre du phare cachait la famine

Il y a des silences qui font plus de bruit que les tempêtes. En cet hiver 1902-1903, un silence de mort s'est abattu sur les quais de Saint-Guénolé et Kérity.

Six ans à peine après l'inauguration fastueuse du Phare d'Eckmühl, où le champagne coulait à flots, Penmarc'h a faim. La sardine, cet "or bleu" qui faisait vivre tout le pays, a disparu. Les filets remontent vides. Les usines ferment.

C'est la "Crise de la Sardine". Dans les foyers, on ne mange plus à sa faim. On ouvre des "Fourneaux Économiques" (soupes populaires) pour que les enfants aient au moins un repas chaud. La fière population bigoudène est réduite à la charité.

LE DOCUMENT D'ARCHIVE
Le 16 janvier 1903, le journal Le Français révèle l'ampleur du désastre. La situation est telle qu'elle remonte jusqu'à l'Élysée :

« Le Président de la République, Émile Loubet, a fait remettre ce matin au président du Comité de Secours aux marins-pêcheurs bretons, un don de 2.000 francs prélevés sur sa cassette personnelle. »

Ce geste présidentiel est révélateur : on ne donne pas "sur sa cassette personnelle" pour une simple mauvaise passe. On le fait face à une catastrophe humanitaire.

Cette misère noire de 1903 est la face cachée de notre histoire. Elle nous rappelle que le Startijenn (l'énergie) des Bigoudens n'est pas né dans le confort, mais dans la nécessité absolue de survivre quand la mer ne donnait plus rien.